Paradoxablanca Ep 1: Pour sortir de sa bulle

Lors d’un de mes précédents articles qui s’intitule « Jeunes élites du Maroc: Wake uuuuup!« , il y a un paragraphe où je parlais de la nécessité des élites marocaines de se connecter à la réalité avant de s’engager en politique dans le but de se frotter et de comprendre les problèmes et les besoins du petit peuple.

Car comme disait l’ancien président du Brésil, Luis Ignacio Lula Da Silva:

« Os ricos não precisam do Estado, a classe média precisa de um pouco de Estado, São os pobres que precisam do Estado ». Traduction: Les riches n’ont pas besoin d’état, la classe moyenne a besoin d’un peu d’état, ce sont les pauvres qui ont le plus besoin de l’état.

Dans le but de faire sortir les gens de leur bulle, nous avons décidé avec un ami Amine Rahmouni de partir à la rencontre de ce peuple d’en bas, qu’on regarde généralement de l’intérieur de notre voiture climatisée, vitres fermées. Bon visionage.

Amine Rahmouni – Paradoxablanca Ep1 – « La jeunesse des bidonvilles » from Amine Rahmouni on Vimeo.

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Article de Tariq Ramadan sur le Maroc, censuré par l’Economiste

Je publie cet article sur mon blog pour défendre la liberté d’expression

Voici la réaction de Tariq Ramadan en rapport avec la censure de son article:

Ce devait être une belle et enthousiasmante collaboration. Le mensuel marocain « L’Economiste » m’avait demandé d’écrire une chronique par mois. Avec la fermeture du mensuel, l’article allait désormais être publié dans le quotidien. Le second devait l’être aujourd’hui même. Or, voilà que la rédaction en chef a voulu modifier le texte en remplaçant « aux allures d’un bateau royal » par « d’un bateau luxueux ». Une censure inacceptable, mais surtout une auto-censure excessive. A l’heure où les peuples arabes se soulèvent pour leur dignité et leur liberté, et que le Maroc annonce des réformes contre la corruption et pour plus de transparence, il serait bon que les journaux et les journalistes marocains fassent honneur à leur fonction. Une attitude au fond honteuse, une histoire triste. Voici le texte en l’état. Le lecteur jugera et elle/il ferait bien de faire savoir à la rédaction de L’Economiste combien une telle attitude est indigne du Maroc que nous aimons. La collaboration s’arrête donc là. A bon entendeur.

Voici l’article original:

Un si beau Maroc

J’aime le Maroc. Depuis le temps que je viens dans ce si beau pays, j’ai appris des paysages, des parfums, des cultures, des traditions ancestrales, riches et fières. J’ai rencontré des femmes et des hommes à la mémoire forte, à la dignité reconnue, avec du cœur, de la générosité et des sourires confiants en la vie. C’est un pays, c’est un être, c’est un destin.

Cet été, en y jeûnant pour la nième année consécutive, je réfléchissais aux racines de cette identité, à ce qu’elles étaient, et à ce que ce pays pouvait offrir non seulement à ses citoyens, mais également à ses visiteurs comme au monde. Au demeurant, je ne suis pas toujours persuadé que les Marocaines et les Marocains soient eux-mêmes conscients des richesses qui les habitent, de ce qu’ils portent intimement et qu’ils devraient pouvoir offrir. A soi, dans la célébration ; à autrui, dans le respect.

J’ai vu et aimé ce cœur, cette générosité, ce sens de la famille et du service. Le Maroc, c’est aussi cet Orient des origines qui, loin des projections orientalistes, se définit par soi, en une multitude de langues, d’appartenances, de cultures et de mémoires. Ces identités multiples ne se disputent que quand elles sont superficielles et instrumentalisées : dans le fond, elles sont la richesse du Maroc, elles s’enrichissent et se fertilisent mutuellement. Ecouter deux Marocain(e)s parler de leur origine au cœur de ce pays, c’est entrer dans un univers de villages, de liens locaux, d’une pluralité qui unifie. Et pendant le Ramadan, une ferveur si palpable et sincère : un mois où les mosquées débordent, où le cœur est ouvert et les yeux pleurent. Beaucoup, et profondément.

Le Maroc est aussi un pays de toutes les contradictions. J’entends encore les mots de certains touristes français, ou anglais, ou américains me parler de leurs séjours marocains. Trouvant à Casablanca, à Marrakech ou même à Tanger, les espaces de cette liberté chérie en Occident. C’est un pays, disent-ils, où le soleil est gratuit, l’alcool et la drogue bon marché, la prostitution jeune, discrète et peu chère. C’est le pays des nouveaux casinos qui colonisent des esprits, détruisent des vies, déciment des familles. Le Maroc qui devrait offrir de son être est colonisé au cœur de son être par les pires excès des sociétés industrialisées. La logique économique, et touristique, semblerait avoir raison, peu à peu, de l’âme marocaine.

Se peut-il qu’il en soit ainsi ? Se peut-il que les Marocains s’ignorent tant qu’ils acceptent d’être emportés par la culture de l’ivresse de l’alcool, des casinos et des drogues et que leurs enfants soient les proies faciles d’un tourisme sexuel immoral. Se peut-il vraiment ? Au Nord du Maroc, j’ai tourné mes yeux vers la mer et j’ai aperçu au loin une belle embarcation aux allures d’un bateau royal. J’ai souri et pensé à tous ceux qui sont, soit responsables des réformes, soit qui y aspirent. Mon imagination et mon cœur leur envoyèrent ensemble une requête : ne laissez pas le Maroc perdre son identité au nom d’impératifs financiers destructeurs. Au-delà de vos contradictions, n’est-il donc point possible de réconcilier tradition et ouverture, liberté et dignité ? Ce ne devrait point être le tourisme qui colonise de ses excès le Maroc mais ce dernier qui offre à ses touristes le sens de l’être, du don et du respect.

J’ai tourné mes yeux vers la mer, en cette fin du Ramadan, et espéré que les portes des Royaumes soient aussi ouvertes que les portes du ciel, celles du Miséricordieux en Sa Royauté suprême.

Les Y Marocains…La génération 2.0 au Maroc

Selon la définition de Wikipedia, le terme génération Y désigne les personnes nées entre la fin des années 70 et le milieu des années 90. On les appelle les Y du fait que c’est la génération qui pose les questions “Why” et qui succède à la génération X. Au Maroc, on pourrait définir génération Y en gros comme la génération qui a vu le jour après la Marche verte de 1975, une génération qui n’a pas assisté aux coups d’états de 1971 et 1972….une génération qui a grandit dans un environnement sociopolitique relativement stable et qui a connu au tout au long de sa vie l’élargissement du champ des libertés individuelles.

Au Maroc, il existe un concept qui s’appelle le “Makhzen”, une expression que chaque marocain a entendu au moins une fois dans sa vie, il s’agit d’un terme qui désigne l’appareil étatique marocain avec un sens devenu plutôt péjoratif et synonyme d’autorité exagérée aux yeux de la génération Y marocaine. Ayant grandi dans une société qui s’est libéralisée année après année, les Y marocains acceptant de moins en moins l’autorité comme valeur intrinsèque, ils privilégient le dialogue, le leadership ainsi qu’une prise de décision suivant un modèle en réseaux de régulation et d’influence. Les Y marocains n’hésitent pas à accroitre de plus en plus leur champ de libertés individuelles, même au risque de choquer ou de bouleverser l’équilibre socio-culturel du Royaume. Le meilleur exemple de cela est l’initiative du mouvement alternatif des libertés individuelles (MALI) qui, en utilisant Facebook, a décidé de défier l’autorité de l’état en rompant le jeûne en public durant le mois de Ramadan.

Cette contestation de l’autorité ne se retrouve pas seulement au niveau des rapports des citoyens avec leur État mais aussi dans le milieu du travail. La meilleure illustration de cela pour moi est une scène du célèbre film marocain Casanegra où un des deux acteurs principaux Karim doit aller remplacer son père malade pour écailler des poisons toute la journée pour la modique somme de 50 Dhs. À la fin de la journée, Karim se révolte contre les conditions du travail de la poissonnerie du Hadj et lui rend son argent tout en l’insultant. Bref, les Yers marocains ont vu leurs parents se dévouer corps et âme pour leur travail et puis être renvoyés lorsqu’on avait plus besoin d’eux; ils ne veulent donc plus commettre la même erreur que leurs parents….Ils ne mesurent pas la dévotion au travail en termes d’heures et de fatigue à la fin de la journée mais plutôt en terme de passion et d’engagement dans le travail. Pour les Y, le travail n’est plus considéré comme une fin en soi mais comme une façon de s’accomplir personnellement.

Dans leur désir d’accomplissement personnel, les marocains de la génération Y préfèrent s’unir dans le cadre d’initiatives citoyennes communes plutôt que de s’inscrire dans des institutions et des partis politiques dirigés par des Dinosaures qui ne veulent pas céder leur place ou encore qui ne saisissent pas l’utilité d’impliquer la génération Y.  Et je parle en connaissance de cause, car j’ai fait moi-même une démarche auprès d’un parti politique marocain afin de l’aider bénévolement à impliquer cette jeune génération Y grâce aux médias sociaux, mais sans aucun retour…Cet engagement provient du désir de la génération Y de trouver et de se faire sa place dans une société dominée et contrôlée par les baby-boomers marocains qui ont participé à la construction du Maroc d’après l’indépendance…mais qui ont laissé de côté un chantier qui me semble-t-il est assez important pour le développement d’un peuple…soit celui de l’éducation. Pour reprendre une citation d’Hubert Vederine, ancien ministre français des affaires étrangères, “L’éducation fait défaut au Maroc”. Selon moi, il s’agit de l’éducation de bout en bout, c’est à dire aussi bien de l’éducation scolaire que de l’éducation civique.

Côté cœur, les jeunes marocains de la génération Y se marient plus tardivement que leurs ainés. Selon moi cela peut s’expliquer par deux raisons. La première est qu’en tant qu’individualistes mettant l’intérêt de leur propre personne au dessus de tout, les Y marocains favorisent le développement de leur propre carrière au profit de leur relation amoureuse. La deuxième raison selon moi, est qu’en tant qu’êtres passionnés, ils ne veulent pas s’engager pour s’engager; comme pour leur travail ils ne voient pas le mariage comme une fin en soi ou comme une étape obligatoire, mais plutôt comme un projet commun à partager avec un être cher et unique.

Ce que je vous raconte sur la génération Y depuis le début concerne une partie de la génération Y, l’autre partie que j’appellerai les Y’ est celle des analphabètes, illettrés et autres exclus qui ont raté le train de développement du Maroc. Celle que je rencontre chaque week-end lorsque je vais voir un match de foot au stade à Casablanca. Mais je suis loin de les blâmer, car ce n’est pas de leur faute, il faut juste que les Y d’aujourd’hui ne commettent pas la même erreur que les Boomers d’hier et qu’ils ne relèguent pas le problème de l’éducation au second plan…C’est l’avenir du Maroc qui en pâtira.