Les Y Marocains…La génération 2.0 au Maroc

Selon la définition de Wikipedia, le terme génération Y désigne les personnes nées entre la fin des années 70 et le milieu des années 90. On les appelle les Y du fait que c’est la génération qui pose les questions “Why” et qui succède à la génération X. Au Maroc, on pourrait définir génération Y en gros comme la génération qui a vu le jour après la Marche verte de 1975, une génération qui n’a pas assisté aux coups d’états de 1971 et 1972….une génération qui a grandit dans un environnement sociopolitique relativement stable et qui a connu au tout au long de sa vie l’élargissement du champ des libertés individuelles.

Au Maroc, il existe un concept qui s’appelle le “Makhzen”, une expression que chaque marocain a entendu au moins une fois dans sa vie, il s’agit d’un terme qui désigne l’appareil étatique marocain avec un sens devenu plutôt péjoratif et synonyme d’autorité exagérée aux yeux de la génération Y marocaine. Ayant grandi dans une société qui s’est libéralisée année après année, les Y marocains acceptant de moins en moins l’autorité comme valeur intrinsèque, ils privilégient le dialogue, le leadership ainsi qu’une prise de décision suivant un modèle en réseaux de régulation et d’influence. Les Y marocains n’hésitent pas à accroitre de plus en plus leur champ de libertés individuelles, même au risque de choquer ou de bouleverser l’équilibre socio-culturel du Royaume. Le meilleur exemple de cela est l’initiative du mouvement alternatif des libertés individuelles (MALI) qui, en utilisant Facebook, a décidé de défier l’autorité de l’état en rompant le jeûne en public durant le mois de Ramadan.

Cette contestation de l’autorité ne se retrouve pas seulement au niveau des rapports des citoyens avec leur État mais aussi dans le milieu du travail. La meilleure illustration de cela pour moi est une scène du célèbre film marocain Casanegra où un des deux acteurs principaux Karim doit aller remplacer son père malade pour écailler des poisons toute la journée pour la modique somme de 50 Dhs. À la fin de la journée, Karim se révolte contre les conditions du travail de la poissonnerie du Hadj et lui rend son argent tout en l’insultant. Bref, les Yers marocains ont vu leurs parents se dévouer corps et âme pour leur travail et puis être renvoyés lorsqu’on avait plus besoin d’eux; ils ne veulent donc plus commettre la même erreur que leurs parents….Ils ne mesurent pas la dévotion au travail en termes d’heures et de fatigue à la fin de la journée mais plutôt en terme de passion et d’engagement dans le travail. Pour les Y, le travail n’est plus considéré comme une fin en soi mais comme une façon de s’accomplir personnellement.

Dans leur désir d’accomplissement personnel, les marocains de la génération Y préfèrent s’unir dans le cadre d’initiatives citoyennes communes plutôt que de s’inscrire dans des institutions et des partis politiques dirigés par des Dinosaures qui ne veulent pas céder leur place ou encore qui ne saisissent pas l’utilité d’impliquer la génération Y.  Et je parle en connaissance de cause, car j’ai fait moi-même une démarche auprès d’un parti politique marocain afin de l’aider bénévolement à impliquer cette jeune génération Y grâce aux médias sociaux, mais sans aucun retour…Cet engagement provient du désir de la génération Y de trouver et de se faire sa place dans une société dominée et contrôlée par les baby-boomers marocains qui ont participé à la construction du Maroc d’après l’indépendance…mais qui ont laissé de côté un chantier qui me semble-t-il est assez important pour le développement d’un peuple…soit celui de l’éducation. Pour reprendre une citation d’Hubert Vederine, ancien ministre français des affaires étrangères, “L’éducation fait défaut au Maroc”. Selon moi, il s’agit de l’éducation de bout en bout, c’est à dire aussi bien de l’éducation scolaire que de l’éducation civique.

Côté cœur, les jeunes marocains de la génération Y se marient plus tardivement que leurs ainés. Selon moi cela peut s’expliquer par deux raisons. La première est qu’en tant qu’individualistes mettant l’intérêt de leur propre personne au dessus de tout, les Y marocains favorisent le développement de leur propre carrière au profit de leur relation amoureuse. La deuxième raison selon moi, est qu’en tant qu’êtres passionnés, ils ne veulent pas s’engager pour s’engager; comme pour leur travail ils ne voient pas le mariage comme une fin en soi ou comme une étape obligatoire, mais plutôt comme un projet commun à partager avec un être cher et unique.

Ce que je vous raconte sur la génération Y depuis le début concerne une partie de la génération Y, l’autre partie que j’appellerai les Y’ est celle des analphabètes, illettrés et autres exclus qui ont raté le train de développement du Maroc. Celle que je rencontre chaque week-end lorsque je vais voir un match de foot au stade à Casablanca. Mais je suis loin de les blâmer, car ce n’est pas de leur faute, il faut juste que les Y d’aujourd’hui ne commettent pas la même erreur que les Boomers d’hier et qu’ils ne relèguent pas le problème de l’éducation au second plan…C’est l’avenir du Maroc qui en pâtira.

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3 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Rétrolien: Global Voices in English » Morocco: Fasting Versus Individual Liberties
  2. Rétrolien: Global Voices на македонски » Мароко: Постот наспроти индивидуалните слободи
  3. Rétrolien: Global Voices in Italiano » Marocco: il digiuno del Ramadan va contro le libertà individuali?

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